Le 26 juin 2025, Madagascar a célébré le 65e anniversaire de son indépendance. À travers tout le pays et au sein de la diaspora, cette journée résonne avec une intensité particulière.
Devant l’Hôtel de Ville d’Analakely, le président Rajoelina a déclaré lors de cette cérémonie :
« C’est ici, devant l’Hôtel de Ville, que nous réaffirmons notre engagement envers l’histoire et nos valeurs républicaines… Il ne peut y avoir de progrès sans un profond amour pour notre patrie […] Si l’amour ne guide pas nos actes, le progrès restera un mirage ».
Pour les Malgaches, elle incarne ainsi bien plus qu’un événement commémoratif : c’est un acte de mémoire collective, une réaffirmation de la souveraineté et une projection vers un avenir ancré dans l’unité nationale et la coopération régionale. À La Réunion, cette date trouve aussi un écho vibrant, nourri d’une histoire commune et d’une proximité humaine profonde.
Une nation debout depuis 1960
Le 26 juin 1960, Madagascar accède à l’indépendance après 65 années de colonisation française. Ce moment historique marque l’aboutissement d’un long processus de luttes, notamment après l’insurrection tragique de 1947, où des milliers de Malgaches furent massacrés dans leur combat pour la liberté. Cette date n’est donc pas seulement celle d’un accord diplomatique ; elle incarne une victoire douloureuse, le courage d’un peuple prêt à se réapproprier son destin.
Depuis, les célébrations de l’indépendance sont restées un moment fort de rassemblement et d’affirmation nationale. À Antananarivo comme dans les villages les plus reculés, c’est dans la musique, la danse, les discours officiels et les hommages aux anciens combattants que le peuple malgache fait vivre cette mémoire.
Un anniversaire placé sous le signe de la souveraineté et de l’avenir
Pour cette 65e édition, les festivités à Madagascar sont marquées par un souffle de renouveau. Le gouvernement a annoncé une série de grands événements : défilés militaires (plus de 4000 annoncés), spectacles culturels, mise en valeur de l’artisanat local, et surtout une campagne nationale sur la fierté d’être malgache. Un accent particulier est mis sur la jeunesse, les innovations malgaches et les projets de développement durable, dans une volonté de se projeter vers un avenir autonome et audacieux.
Cette célébration soulève aussi des interrogations sur la relation toujours complexe entre Madagascar et la France. Si les liens historiques, culturels, linguistiques et économiques sont profonds, les appels à une relation plus équilibrée, respectueuse de la souveraineté malgache, se font entendre. La restitution des archives de la colonisation, la reconnaissance des exactions de 1947, ou encore les questions de coopération économique et militaire, restent au cœur des débats, tout comme la restitution des îles Glorieuses.
La Réunion et Madagascar : une histoire partagée
L’histoire de Madagascar est intimement liée à celle de La Réunion. Dès le XVIIe siècle, des Malgaches furent amenés sur l’île en tant qu’esclaves. Leur culture, leurs traditions et leur langue ont nourri la mosaïque réunionnaise. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles réunionnaises ont des racines malgaches.
De nombreux lieux de La Réunion portent encore la trace du passage ou de l’héritage malgache, souvent de manière discrète, intégrée à la langue créole ou francisée au fil des siècles. Cette toponymie est le reflet d’une mémoire géographique et culturelle profondément ancrée dans le paysage réunionnais.
Parmi les noms de lieux à consonance malgache, on retrouve par exemple :
Mahavel, Maromanon, ou Marabout : des noms qui pourraient dériver de termes malgaches liés à des lieux de culte ou de refuge.
Mahé, Manapany, Mahatsinjo (ancien nom de rivière dans le sud), témoignent de racines linguistiques partagées.
Salazie : selon certains chercheurs, ce nom viendrait du mot malgache « salazy », désignant un campement ou un endroit de passage en altitude.
Ces noms renvoient parfois à des zones de marronnage, là où les esclaves en fuite trouvaient refuge, souvent dans les cirques et hauteurs inaccessibles — un phénomène dont l’organisation rappelle les fanjakana (royaumes de colline) malgaches.
L’histoire officielle réunionnaise a longtemps négligé les figures d’origine malgache qui ont pourtant joué un rôle crucial dans la structuration de la société de l’île. Parmi elles :
- Anchaing, célèbre pour sa légende d’esclave marron réfugié dans le cirque de Salazie, est probablement d’origine malgache. Son nom est resté attaché au piton du même nom, mais l’homme derrière la légende reste largement méconnu.
- Les chefs marrons comme Mafate, Dimitile ou Lauret, dont les noms ont été donnés à des massifs montagneux, étaient pour la plupart d’origine malgache ou issue de communautés métissées entre Madagascar et l’Afrique de l’Est. Leur stratégie de survie et d’organisation dans les hauteurs rappelle les tactiques de résistance montagnarde développées dans les hauts plateaux malgaches.
- Marie Caze, l’une des rares figures féminines évoquées dans les révoltes d’esclaves au XVIIIᵉ siècle, aurait également des racines malgaches. Sa mémoire mérite aujourd’hui une reconnaissance institutionnelle.
Comment La Réunion peut célébrer aux côtés du peuple malgache
Sudel Fuma, historien réunionnais, insistait sur ce point :
« L’oubli organisé de la contribution malgache à la société réunionnaise empêche de comprendre pleinement la genèse créole de l’île. Il est temps de réhabiliter cette mémoire enfouie dans les hauteurs, les ravines et les patronymes. »
Face à cette commémoration importante, La Réunion peut renforcer son rôle de partenaire fraternel. Organiser des événements culturels communs, proposer des expositions sur l’histoire partagée, accueillir des artistes malgaches, soutenir des initiatives éducatives sur la mémoire coloniale : autant de gestes symboliques et concrets qui peuvent créer du lien.
Les collectivités locales, les associations culturelles et les universités réunionnaises ont ici un rôle majeur à jouer. Une cérémonie officielle, un colloque historique, ou même une journée gastronomique dédiée à la cuisine malgache pourraient être autant d’occasions de célébrer cette indépendance en y associant pleinement la société réunionnaise.
Un avenir commun de coopération dans l’océan Indien
Alors que Madagascar célèbre ses 65 ans d’indépendance, La Réunion pourrait affirmer encore davantage sa solidarité avec ses voisins de l’océan Indien. Célébrer l’indépendance malgache depuis La Réunion, c’est honorer une mémoire commune. Cette date symbolique peut devenir un pont vers une coopération plus humaine, plus culturelle, et plus économique pour écrire ensemble un destin partagé dans de cet espace indo-océanique qui nous unit.
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Encart détaillant les festivités prévues à La Réunion en l’honneur de la commémoration du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de Madagascar :
Festivités à La Réunion – 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de Madagascar
Saint-Pierre – Soirée culturelle et village malgache
Samedi 28 juin, dès 18 h – Place Rotary
- Concerts avec les artistes malgaches Tiana, Telomiova, Sitraka, plus des invités surprises.
- Défilé traditionnel des harendrina (lampions) suivi de danses malgaches.
- Village artisanal, stands de dégustation (romazava, ravitoto, poisson au coco) et animations culinaires à ciel ouvert.
- Procession nocturne de lampions (arendrina) à partir de 18h30
La Possession – « Fety Gasy » en journée
Samedi 28 juin, de 10 h à 16 h – Place Festival
- Animations familiales : ateliers de tressage, maquillage, contes, initiations culturelles.
- Spectacles vivants avec danses traditionnelles et défilé d’arendrina.
- Exposition de produits artisanaux malgaches organisée par l’association Ny Valiha.
Plusieurs communes (Saint-Denis, Saint-Benoît, Tampon…) organisent des Fety Gasy en juillet, avec musique, artisanat et danse malgaches.


