CULTURE DE LA CANNE A SUCRE A LA REUNION

La canne à sucre est une plante cultivée principalement pour la production du sucre. Elle a été introduite à La Réunion en 1663 par les colons français et est devenue une culture emblématique.  

Grace à ses départements d’outre-mer : La Réunion et la Guadeloupe, la France est le seul pays producteur de sucre de canne en Europe. 240 000 à 250 000 tonnes de sucre sont produites chaque année dans les DOM, dont 80% à La Réunion. Elle représente une des premières sources de revenus de la Réunion et constitue la première industrie agroalimentaire de l’île. 

La filière canne est une composante essentielle de l’identité de la Réunion dans son histoire, sa culture et son patrimoine. Elle s’est développée à compter du début du XIXe siècle. Cette plante est à l’origine de la diversité du peuplement de la Réunion.

Elle a connu au fil du temps des crises consécutives entrainant quelques fois des impacts  économiques importants pour l’île. La filière canne s’appuie sur la production de sucre qui reste malgré tout, la principale source de valeur de l’île et qui génère plus de 15 000 emplois locaux directs et indirects. Elle devient un employeur de tout premier rang, soutenu par les pouvoirs publics et la société réunionnaise.  

Une histoire riche de 200 ans  

La canne à sucre fait son apparition à la Réunion en 1663. Elle fut importée en 1507 de la Nouvelle Guinée mais fut réellement exploitée en 1785, lors de la construction de la première usine sucrière.

En 1768, une variété de canne à sucre provenant de Tahiti fut introduite à l’archipel des Mascareignes par le comte de Bougainville sous le nom de « canne d’Otaheite » ou « canne bourbon ». Après la culture du café qui avait fait pendant un certain temps, la richesse de l’île, la filière canne à sucre s’est développée à compter du XIXème siècle, en particulier des Grandes avalasses (cyclones tropicaux particulièrement destructeurs qui frappèrent l’île Bonaparte, actuelle île de la Réunion) et la prise de La Réunion par les Britanniques. Culture spéculative, elle alimente de nombreuses usines sucrières de l’île, comme l’usine de Beaufonds ou l’usine de Grands-Bois mais sa production est très contrastée entre les zones au vent (est & nord) et sous le vent (ouest & sud).  

A l’époque, pour exploiter leurs plantations, les producteurs de canne avaient recours à l’esclavage. A partir de 1848, après la seconde abolition de l’esclavage par la France, les planteurs se tournent vers l’engagisme pour s’approvisionner en main d’œuvre. Ces ouvriers qui doivent travailler dans des conditions déplorables, proviennent principalement d’Inde « Malbars », d’Afrique, de Madagascar, des Comores, de Chine, d’Australie et d’Europe. Pour attirer des travailleurs dans les plantations, le système du colonat prioritaire appelé également travail à la part (type de bail rural équivalent au métayage) est relancé. 

Les sucreries ont fêté leur 200 ans en 2017. 

Les difficultés rencontrées

La filière sucrière a dû faire face régulièrement à des crises importantes qui ont marqué son histoire.

Dans les années 1980 à 1995, la filière fait face à des vagues de reculs importants, ainsi qu’en 2004 et en 2011, périodes pendant lesquels, elle subit une perte d’environ 10 % de la surface agricole, sous la pression de l’extension du tissu urbain, peu maîtrisée. 

Ensuite, à travers la réforme européenne du 30 septembre 2017, la fin de la politique des quotas de la PAC (plafonds d’exportation OMC) et des prix minimum garantis, menace la filière déjà fragile en outre-mer. En effet, la récolte de la canne à la Réunion est principalement manuelle et les prix de revient sont nettement inférieur de ceux du marché mondial (environ 50% au-dessus). Vers un engagement à la modernisation et au développement durable de la filière, la convention canne votée en 2015 garantit des subventions jusqu’en 2021. 

De même, les terres de canne à sucre, détenues jusqu’alors par les sociétés sucrières, ont été redistribuées à des agriculteurs à travers une réforme foncière de première importance, au cours des dernières décennies. Petit à petit, les terres à canne exploitées en direct par les sociétés ou exploitées par des colons (en bail à colonat partiaire) sont devenues propriétés pour une exploitation en faire-valoir direct ou en bail à ferme.

Enfin, dans les années 1980, la filière a été mise en danger par le ver blanc Hoplochelus marginalis, observé à la Réunion pour la première fois en 1981. Les productions ont subi d’importantes pertes au moins pendant deux décennies jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée pour lutter contre l’insecte.

Un pilier de l’économie local menacé

La canne, culture essentielle pour l’économie de la Réunion, s’appuie sur la production de sucre qui reste la principale source de valeur, mais s’ouvre de plus en plus à des valorisations des coproduits, comme l’électricité, dont environ 12 %produite dans l’île est issue de la combustion des résidus de la canne (la bagasse), les mélasses qui sont orientées vers les rhumeries et la complémentation des fourrages animaux, les pailles restées au champ qui sont désormais valorisées dans les filières animales, les écumes et boues d’usines qui sont intégralement valorisées en fertilisation organique des productions agricoles locales, etc… La canne à sucre est l’une des plantes les plus prometteuses pour la chimie verte qui fait l’objet de nombreux travaux du centre de recherche.

La canne à sucre couvre près de 60% des surfaces cultivées à la Réunion (+ de 24 000 ha) et fait vivre plus de 3 000 exploitants. Chaque année, environ 1,9 million de tonnes de cannes sont récoltées pour une production moyenne de 210 000 tonnes de sucre.  Avec 90% de sa production totale exportée en Europe, la filière canne se place au premier rang des exportations de l’île, qui demeure le seul producteur européen de sucre de canne avec les Antilles. Elle représente près de 14 000 emplois directs et indirects, sans compter ceux créés dans l’hexagone par la filière (raffinage du sucre, rhum…), estimés à 1 000 emplois supplémentaires.

Quelques chiffres :

  • 18 300 emplois à la Réunion directs, indirects et induits, 
  • 13.3% des emplois du secteur privé à la Réunion,
  • 2.3 millions d’emplois ramenés à l’échelle de la Réunion.

Toutefois, depuis 2021, la crise de la filière canne à la Réunion s’intensifie, avec une baisse des rendements, une chute des revenus des planteurs, des tensions autour des prix d’achat ainsi que des incertitudes sur l’avenir du secteur. Pour tenter de sauver cette richesse placée au cœur de l’activité économique, agricole, énergétique et environnementale de l’île, et afin de préserver            200 ans d’histoire, des solutions tangibles ont été proposées par près de 400 professionnels réunis le 20 juin 2025, lors des Etats Généraux de la Canne. Pour cela, autour d’un accord,              15 millions d’euros d’aides exceptionnelles de l’Etat ont été annoncées pour le monde agricole local. 

Même si la filière canne à sucre reste une activité agricole traditionnelle de l’île de la Réunion, elle aura, pour son avenir à conforter ces appuis pour continuer à subsister, mais devra également mettre à profit des atouts peu exploités, notamment pour tous ceux qui espèrent avec confiance à des jours meilleurs. 

Témoignages d’un agriculteur de la zone Est 

1. Pouvez-vous me donner votre avis personnel sur la canne à sucre à La Réunion ?
Pour moi, le marché de la canne à sucre joue un rôle essentiel. C’est une culture pivot, car elle fait vivre énormément de personnes grâce aux emplois directs et indirects : planteurs, usiniers et tous ceux qui travaillent autour de la filière. Elle représente un poids économique considérable, avec environ 15 à 20 000 emplois, un chiffre à vérifier mais qui montre bien son importance.
La canne valorise aussi notre patrimoine, car elle fait partie de l’histoire et de l’identité réunionnaise depuis toujours. Elle est le signe d’une qualité et d’un savoir-faire qui traversent les générations.

2. Comment êtes-vous devenu coupeur de canne / agriculteur ?
Je suis devenu agriculteur d’abord parce que je suis fils d’agriculteur. L’agriculture fait partie de ma famille depuis deux ou trois générations. Mais ce n’était pas mon premier choix. Au début, j’ai pris une autre voie professionnelle, car j’avais besoin d’acquérir de la maturité et de l’expérience.
Finalement, avec le temps, j’ai appris à aimer ce métier. À 31 ans, je me suis installé avec beaucoup plus de conviction et de passion. Aujourd’hui, il me permet non seulement de continuer le patrimoine familial, mais aussi d’affirmer mes propres valeurs. C’est une mission de transmission et de pérennisation que je prends à cœur.

3. Pourquoi avez-vous choisi la canne à sucre ?
La canne fait partie de mon histoire. J’ai grandi dedans, donc c’est une culture que je connais bien. Mais je l’ai aussi choisie parce que j’y crois beaucoup et que j’ai confiance en son avenir. C’est une culture qui me passionne. Je ne peux imaginer la Réunion sans sa canne à sucre.
Nous cultivons la variété R 579, adaptée à nos parcelles et à notre géographie. C’est une canne rose, riche en sucre. Elle a aussi l’avantage de limiter l’érosion des sols grâce à son tallage.
En termes de rendement, nous atteignons en moyenne 100 tonnes à l’hectare, et certaines bonnes années, jusqu’à 110 voire 120 tonnes. Cette productivité, combinée à une bonne richesse en sucre, est essentielle car elle conditionne directement le revenu des planteurs.

4. Quels sont les avantages et les difficultés du métier ?

  • Avantages :
    • L’indépendance et la liberté de travailler à l’extérieur.
    • Le fait de contribuer directement à l’économie réunionnaise.
    • La possibilité de faire vivre ma famille et de perpétuer une tradition familiale et locale profondément ancrée dans nos mœurs.
  • Difficultés :
    • Le climat, qui reste le facteur le plus imprévisible. Par exemple, cette année, les pertes ont été exceptionnelles avec Garance, du jamais vu même pour les générations précédentes. Pourtant, la canne est réputée résistante aux intempéries.
    • La pénibilité : c’est un métier physique, exigeant, qui demande de la discipline, de la passion et de la régularité. Il faut accepter de se lever tôt, d’affronter toutes les conditions, et de persévérer malgré les obstacles.

C’est un métier de passion : sans elle, on ne tient pas.

5. Selon vous, quel est l’avenir de la canne à La Réunion ?
J’ai confiance en l’avenir de la canne. Elle génère beaucoup d’emplois directs et indirects et participe aussi à la production d’énergie locale grâce à la bagasse.
Certes, il y a des difficultés : le climat, la hausse du prix des intrants comme les engrais, qui demande une gestion plus exigeante. Mais je suis convaincu que la filière a encore un bel avenir, surtout si les jeunes continuent à s’engager et à apporter un vent de fraicheur. De mon côté, j’essaye de m’impliquer pour que cette tradition vive et évolue.

Témoignage libre

Je m’appelle Romain Payet, j’ai 31 ans. Aujourd’hui, je suis agriculteur, mais avant ça, j’ai eu un parcours varié.
À 18 ans, je me suis engagé dans la Marine nationale, où j’ai servi 5 ans comme marin-pompier. Ensuite, je me suis reconverti comme ambulancier diplômé d’État, un métier que j’ai exercé environ 4 ans. Par la suite, j’ai travaillé comme technicien coordinateur dans le domaine de la santé.

Toutes ces expériences m’ont enrichi, mais j’ai ressenti le besoin de revenir à La Réunion et de m’investir dans le patrimoine familial. Devenu père, l’envie de transmettre et de bâtir quelque chose sur mon île s’est imposée. J’ai donc passé mon diplôme agricole et je travaille aujourd’hui avec mon père, qui m’accompagne et me transmet son expérience avant de partir à la retraite.

Ce métier, j’ai  appris à l’aimer. Rien n’est facile dans la vie, et l’agriculture ne fait pas exception. Mais je crois profondément que ce métier a de l’avenir. Mon message aux jeunes : n’ayez pas peur de vous lancer. Malgré les difficultés, il faut croire en son projet, car la Réunion a besoin de jeunes agriculteurs pour perpétuer cette tradition.

J’ai la volonté, l’envie et l’engagement de continuer à faire vivre cette culture. Et même si c’est un métier exigeant, il mérite qu’on y consacre toute son énergie.

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