Hommage aux engagés indiens : un devoir de mémoire au Lazaret de la Grande Chaloupe.

Ce dimanche 14 septembre 2025, le Lazaret de la Grande Chaloupe a vibré au rythme de la mémoire et du recueillement lors de l’hommage aux engagés indiens, organisé par l’association Tamij Sangam en partenariat avec l’association des Poussaris de La Réunion. Descendants, associations et élus se sont réunis pour rappeler l’histoire douloureuse mais fondatrice de l’engagisme, dans un cadre symbolique et spirituel.

Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle coïncide avec le Mahalaya Paksha (ou Pitru Paksha), une période sacrée du calendrier védique, dédiée à l’honneur des ancêtres et à la transmission de leurs bénédictions.

Le Lazaret, autrefois lieu de quarantaine obligatoire pour les engagés débarquant sur l’île, a servi de cadre à cette commémoration. Entre les murs chargés d’histoire et face à l’océan Indien, l’émotion était palpable. « Ici même, nos ancêtres ont posé leurs premiers pas sur le sol réunionnais, souvent dans la douleur et l’incertitude. Nous leur devons le respect et la mémoire », a déclaré un membre de Tamij Sangam lors de la cérémonie.

Après une marche solennelle vers le rivage, les participants ont accompli le jeté de fleurs dans l’océan. Ce geste, d’une grande charge symbolique, rend hommage aux engagés ayant traversé les mers au XIXᵉ siècle, mais aussi à ceux qui n’ont jamais atteint les côtes réunionnaises.

Dans les traditions indiennes, offrir des fleurs à l’eau est un rituel sacré : la fleur représente la vie, fragile et lumineuse, et l’eau est perçue comme un lien entre les vivants et les ancêtres. En confiant les pétales à la mer, les participants ont exprimé leur gratitude et leurs prières, tout en reliant La Réunion à la mémoire des terres d’origine.

L’hommage s’est aussi élevé sur le plan spirituel à travers une cérémonie au dieu Shiva, figure centrale de l’hindouisme tamoul. Des offrandes de fleurs, de lait et d’encens ont été déposées, accompagnées de chants et de mantras dédiés au Seigneur de la destruction et de la régénération.

Dans la symbolique hindoue, Shiva n’est pas seulement celui qui met fin, mais celui qui transforme et qui ouvre la voie au renouveau. Lui rendre hommage au Lazaret, lieu de souffrances passées mais aussi de renaissance culturelle, a donné une dimension sacrée à la cérémonie.

« Honorer Shiva, c’est demander sa force pour purifier la mémoire, transcender les douleurs de l’histoire et offrir la paix aux âmes des engagés », a expliqué un officiant présent.

La date de la cérémonie n’était pas anodine : elle a eu lieu en plein Mahalaya Paksha (7 au 21 septembre cette année), période védique sacrée consacrée aux ancêtres. Offrir prières, eau et nourriture durant ces quinze phases lunaires est considéré comme un moyen de libérer les âmes de leurs souffrances, d’accomplir leurs vœux inachevés et de recevoir leurs bénédictions.

Au-delà de l’émotion, l’événement a rappelé l’héritage inestimable laissé par les engagés à La Réunion.
Ils ont transmis à l’île une cuisine métissée, parfumée d’épices et de saveurs uniques, où samoussas croustillants, massalés parfumés ou encore bonbons piments continuent de ravir les papilles.
Ils ont aussi légué une spiritualité vivante, qui s’exprime à travers les temples tamouls, les célébrations hautes en couleur du Cavadee et du Dipavali, ainsi que les nombreux rituels dédiés aux divinités hindoues.
Enfin, ils ont enrichi la culture créole, en y insufflant des langues, des musiques et des traditions venues d’Inde et de l’ensemble de l’océan Indien, contribuant ainsi à façonner l’identité plurielle et singulière de La Réunion.

Cet hommage n’a pas seulement porté un regard sur le passé. Il a affirmé la nécessité de préserver la mémoire tout en la rendant visible et accessible à tous. Le Dr Selvam Chanemougame, président de l’association Tamij Sangam, a profité de l’événement pour annoncer un projet mémoriel ambitieux, la construction d’une porte face à la mer. « Nous avons sollicité les responsables politiques pour porter un projet de construction, proche de la mer et du Lazaret, de portes symboliques en célébration et en commémoration des engagés arrivés à La Réunion. Ces portes seraient aussi, dans un sens plus large, un hommage au peuplement de l’île », a-t-il déclaré.

Cette initiative vise à offrir un lieu pérenne de mémoire et de transmission, qui rappellerait à chaque visiteur le rôle fondateur des engagés dans la société réunionnaise.

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