La troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC 2025), coorganisée par la France et le Costa Rica, s’est tenue à Nice du 9 au 13 juin 2025. L’événement a rassemblé chefs d’État, scientifiques, représentants des peuples autochtones, ONG et acteurs économiques autour d’un objectif commun : préserver l’océan et promouvoir une exploitation durable de ses ressources, dans le cadre de l’Objectif de Développement Durable n°14.
Des décisions structurantes
« Le monde doit passer du pillage à la protection ».
Ce message fort du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a donné le ton d’une conférence marquée par plusieurs avancées concrètes. D’abord, l’accélération du processus de ratification du traité sur la haute mer (BBNJ), désormais ratifié par 49 États. Un travail de fond à poursuivre car c’est encore 11 de moins que le seuil nécessaire pour son entrée en vigueur. Le Nice Ocean Action Plan a été adopté, il s’agit d’un document politique de référence rassemblant les engagements volontaires des États pour concrétiser l’ODD 14. Un appel à un moratoire sur l’exploitation minière en haute mer a aussi été lancé par plusieurs pays insulaires et organisations scientifiques pour bannir la pêche au chalut destructrice. Enfin, une ambition forte a été réaffirmée : renforcer de l’objectif “30×30”, visant à protéger 30 % des zones marines d’ici 2030.
Un rôle central pour les Outre-mer français
Présente à Nice, la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, a rappelé l’importance stratégique des territoires ultramarins dans l’architecture maritime française :
« Les Outre-mer sont les avant-postes de la France sur l’océan mondial. Ils doivent être reconnus comme des acteurs majeurs de la gouvernance maritime. »
Avec plus de 11 millions de km² de zone économique exclusive (ZEE), principalement répartis autour des territoires d’outre-mer, la France dispose de la deuxième plus grande ZEE au monde. Cette réalité confère aux Outre-mer une responsabilité accrue, mais également des leviers d’action déterminants dans la mise en œuvre des engagements pris à l’UNOC.
Quatre priorités stratégiques ont été identifiées. La première concerne le renforcement de la souveraineté maritime avec notamment le déploiement de moyens de surveillance renforcés dans les ZEE ultramarines et la lutte contre la pêche illicite et les pratiques destructrices (chalutage profond). La deuxième vise la protection des écosystèmes côtiers et marins avec l’extension des aires marines protégées (MPA), notamment en Polynésie française, et la préservation des puits de carbone bleus (mangroves, herbiers, récifs). La troisième est celle du développement d’une économie bleue durable. Si cette ambition n’est pas nouvelle, elle demeure d’actualité face à la lente structuration des filières insulaires. Elle repose sur des financements innovants (blue bonds, facilité bleue) pour mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars et la valorisation des filières locales : écotourisme, biotechnologies marines, énergies renouvelables en mer. Enfin la quatrième et dernière priorité vient ancrer la recherche scientifique et la gouvernance participative avec la création de réseaux de recherche et d’observation dans les territoires, l’implication des populations locales et autochtones dans la gestion des ressources et la valorisation des savoirs traditionnels dans les politiques publiques.
Une feuille de route nationale adaptée aux Outre-mer
Dans le sillage de l’UNOC et de sa feuille de route, le Comité interministériel de la mer (CIMER) prévoit la création d’agences régionales de l’océan dans les DROM-COM, ainsi que le déploiement d’un système intégré de données océaniques. Une journée nationale de l’Océan ultramarin est également à l’étude, afin de renforcer la visibilité des actions locales.
Vers une France maritime, solidaire et souveraine
À Nice, c’est une nouvelle carte maritime de la France qui s’est esquissée : une France océanique et décentralisée, où les Outre-mer passent de la périphérie des enjeux à un rôle moteur dans le leadership maritime global.
Leur immense ZEE devient un levier stratégique pour la protection de la biodiversité, la résilience climatique, et l’innovation économique, soutenue par des outils juridiques (BBNJ), scientifiques (Nice Plan) et financiers (blue bonds).
Les deux prochaines années seront cruciales pour traduire ces engagements en actes : ratifications, mobilisations financières et mise en œuvre territoriale avec, en ligne de mire, les Outre-mer comme pivots de la transition bleue mondiale.


