Les motifs de la grève des taxis conventionnés à La Réunion.

À l’origine de la mobilisation de ce lundi figure un projet de réforme nationale du transport sanitaire, porté par l’Assurance Maladie. Cette réforme, prévue pour entrer en vigueur le 1er octobre 2025, bouleverse profondément le fonctionnement actuel des transports médicaux effectués par les taxis conventionnés. Voici les points principaux qui suscitent la colère des professionnels :

1. Mise en place de transports partagés obligatoires.

L’un des points les plus contestés de la réforme est l’introduction d’obligations de mutualisation : les patients se rendant à des rendez-vous médicaux pourraient être regroupés dans un même véhicule, même s’ils ne se connaissent pas, pour limiter les coûts. Si ce principe peut paraître efficient d’un point de vue budgétaire, les chauffeurs y voient une atteinte à la dignité des patients, notamment ceux souffrant de pathologies lourdes ou nécessitant un accompagnement spécifique.

2. Baisse des tarifs conventionnés.

Les nouvelles grilles tarifaires proposées prévoient des réductions importantes des montants remboursés aux taxis pour les trajets médicaux. Cela signifie, concrètement, une perte de revenus significative pour les chauffeurs, dans un secteur déjà marqué par une forte concurrence et des charges importantes (carburant, entretien, assurance, etc.).

3. Perte d’autonomie et gestion centralisée des courses.

Autre grief : la possible centralisation des appels de courses à travers une plateforme numérique nationale ou régionale, pilotée par les Caisses d’assurance maladie. Les chauffeurs redoutent de perdre leur clientèle régulière, car les courses leur seraient désormais attribuées via une application, sans possibilité de lien direct avec le patient. Ce système porterait atteinte à leur indépendance professionnelle et instaurerait une forme d’ubérisation du métier.

4. Fragilisation des zones rurales et des patients isolés.

À La Réunion, une part importante des trajets sanitaires concerne des patients vivant en zones rurales ou enclavées (Cirque de Salazie, Plaine des Palmistes, hauts de Sainte-Rose, etc.). Les taxis y jouent un rôle de service public, souvent en l’absence d’autres solutions de transport. Les professionnels craignent qu’avec la réforme, ces patients soient laissés pour compte, car jugés non rentables ou trop éloignés.

5. Absence de concertation locale.

Enfin, les syndicats dénoncent une réforme imposée sans concertation avec les professionnels de terrain, alors même que La Réunion présente des spécificités géographiques et sociales qui devraient être prises en compte dans l’élaboration de la politique de transport sanitaire.

Les chauffeurs réunis en intersyndicale réclament le retrait pur et simple du décret prévu pour octobre et demandent l’ouverture d’un véritable dialogue avec les autorités nationales, en prenant en considération les réalités locales. Ils préviennent que d’autres actions pourraient suivre si leurs revendications restent ignorées.

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