Le week-end de la Pentecôte a rassemblé de nombreuses familles réunionnaises autour de la foi, du partage et de la convivialité. Une même ferveur que l’on retrouve aussi dans la célébration de l’Aïd el-Adha et du Cavadee, toutes deux marquées par le sacrifice, la prière et la solidarité.
L’Aïd el-Adha, « fête du sacrifice », ou souvent appelée à La Réunion, Aïd Kébir, « la grande fête », par opposition à l’Aïd el-Fitr, « la petite fête » marquant la fin du Ramadan, est l’une des deux grandes fêtes religieuses de l’islam. À La Réunion, cette célébration prend une dimension particulière, mêlant foi, solidarité et attachement aux traditions au sein d’une société multiculturelle et interreligieuse.


Un moment de spiritualité et d’introspection
Aïd el-Adha commémore un épisode central du Coran : la soumission d’Ibrahim (Abraham) à Dieu, prêt à sacrifier son fils en signe de foi. Alors qu’il s’apprêtait à obéir, l’archange Gabriel (Jibril) intervint, envoyant un bélier en remplacement de l’enfant, signe que la sincérité de l’intention vaut plus que l’acte lui-même.
Cette fête a lieu le 10ᵉ jour du mois de Dhou al-Hijja, dernier mois du calendrier hégirien. Célébrée à la fin du pèlerinage (Hajj) à La Mecque, l’Aïd el-Adha invite chaque croyant à renouveler sa confiance en Dieu, l’amour divin et à faire preuve d’humilité. Un moment fort de spiritualité pour les musulmans.
Pour Nassira, 32 ans, habitante du Port : « L’Aïd, c’est d’abord un moment de gratitude. On se rappelle que tout ce qu’on a peut nous être retiré. C’est une façon de recentrer sa vie autour de l’essentiel : la foi, la famille, la générosité. »
Le sacrifice rituel et le partage
Au cœur de l’Aïd el-Adha se trouve le sacrifice rituel d’un mouton, d’une chèvre ou d’un bovin, effectué selon les prescriptions religieuses. L’animal doit être sain, et l’acte encadré par des règles strictes d’hygiène, d’éthique et de respect de la vie.
La viande est ensuite partagée en trois parts : une pour la famille, une pour les proches et voisins et une pour les plus démunis.
« Chaque année, on sacrifie un mouton avec mon père. On le fait à Saint-Pierre, puis on prépare les plats ensemble à la maison. Une partie de la viande va aux voisins, et une autre à une association. C’est notre façon de faire du bien autour de nous », explique Farid, 26 ans, de Saint-Louis.
Ce geste illustre la dimension sociale et fraternelle de l’islam, et renforce les liens de solidarité entre croyants et avec la communauté élargie.

Une fête familiale, ancrée dans la culture réunionnaise
À La Réunion, l’Aïd el-Adha est célébrée par une importante partie de la population musulmane, notamment issue de la communauté indo-musulmane, comorienne et mahoraise. On y observe une grande diversité d’expressions culturelles et religieuses, dans le respect mutuel.
Les mosquées – à Saint-Denis, Saint-Louis, Saint-Pierre ou encore au Port – organisent des prières collectives au lever du jour, rassemblant hommes, femmes et enfants dans un esprit de ferveur et d’unité.
« On se lève tôt, on s’habille bien, on part à la mosquée avec les enfants. Même s’ils ne comprennent pas tout encore, ils sentent que c’est un moment important », raconte Amina, 40 ans, de Sainte-Clotilde.
Les familles se réunissent ensuite autour d’un repas festif, souvent composé de cari de mouton, de samoussas, de gâteaux comme ou le halwa, dans une ambiance chaleureuse et conviviale. L’occasion de se retrouver autour des anciens, de transmettre les recettes et les histoires.
Certains choisissent également de faire don du sacrifice à des associations caritatives locales.
Une fête ouverte, dans l’esprit réunionnais du vivre-ensemble
À La Réunion, terre de cohabitation harmonieuse entre religions, l’Aïd el-Adha s’inscrit pleinement dans le calendrier des grandes fêtes religieuses partagées, aux côtés du Nouvel An tamoul, Pâques ou la fête de Guan Di. Elle est l’occasion pour les familles, les voisins et les collègues de s’échanger des vœux, de s’inviter ou de partager un plat.
Rite symbolique puissant, l’Aïd el-Adha est une fête du cœur et de la foi, ancrée dans une quête de sens, de partage et de fraternité. Elle ouvre à l’introspection et rappelle que la foi est une force qui nous permet de relier notre dimension individuelle à notre dimension universelle divine. À La Réunion, elle prend une saveur rare : celle de l’unité dans la diversité, d’une société où les traditions s’enracinent dans le respect mutuel et l’ouverture pour nourrir le vivre-ensemble et devenir richesse collective.
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Le saviez-vous ?
L’archange Gabriel, messager des trois monothéismes.
Connu sous le nom de Jibril en islam, Gabriel joue un rôle central dans les trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam). Il est considéré comme le messager de Dieu, chargé de transmettre la révélation divine aux prophètes.
Dans l’islam, c’est l’archange Jibril qui apporte au prophète Mohammed les versets du Coran, sur une période de 23 ans. Il intervient également auprès d’Ibrahim pour stopper le sacrifice de son fils.
Dans la tradition chrétienne, Gabriel est celui qui annonce à Marie qu’elle portera Jésus. Il est aussi présent dans la Bible hébraïque comme l’un des anges célestes qui apparaissent aux prophètes.
Cette figure commune souligne les racines partagées des traditions abrahamiques, et leur vision de la foi fondée sur l’écoute, la confiance et la transmission du message divin.


