Divorcer sans se détruire : et si la vraie victoire était de rester digne ?

On parle souvent du divorce comme d’une procédure.

C’est une approche particulièrement froide.

Dans la vraie vie, un divorce commence rarement par un formulaire ou un rendez-vous chez un avocat. Il commence souvent bien avant. Dans une chambre où l’on ne se parle plus. Dans une voiture, après une dispute de trop. Dans un silence à table. Dans cette impression étrange de vivre encore sous le même toit, mais déjà dans deux vies séparées.

Puis un jour, l’un des deux dit : “Il faut qu’on parle.”

La séparation peut devenir un règlement de comptes. Ou elle peut devenir une organisation. Dans le premier cas, chacun cherche à gagner. Dans le second, chacun essaie surtout de ne pas tout abîmer.

Ce n’est pas toujours possible. Certains divorces sont trop chargés, trop violents, trop déséquilibrés. Mais lorsqu’un accord reste envisageable, il faut le protéger. Parce qu’un divorce mal conduit ne détruit pas seulement un couple. Il peut aussi toucher les enfants, les finances, la maison, les souvenirs, et parfois le respect qui restait encore.

Le divorce commence souvent avant la procédure

Beaucoup d’époux consultent un avocat avant même d’être certains de divorcer.

Ils viennent avec des questions simples, parfois dites à voix basse :
“Est-ce que je peux partir ?”
“Combien ça va coûter ?”
“Est-ce que je vais perdre la maison ?”
“Comment ça se passe pour les enfants ?”
“Est-ce que je devrai verser quelque chose ?”

Ce premier rendez-vous ne sert pas toujours à lancer une procédure. Il sert souvent à comprendre et parfois à prendre La Décision.

On ne peut pas discuter sérieusement d’un divorce si l’on ne comprend pas les conséquences possibles : le sort du logement, le crédit immobilier, la pension alimentaire, la résidence des enfants, la prestation compensatoire, le partage des biens, le délai, le coût.

Le problème, c’est que cette compréhension n’arrive pas toujours au même moment pour les deux époux.

L’un a déjà consulté. Il a lu des articles. Il a compris certains mots. Il sait ce qu’est une prestation compensatoire par exemple. Il a commencé à réfléchir à la soulte, au crédit, au mode de garde, au coût du divorce.

L’autre, en face, n’a encore rien vu venir.

Alors, quand le premier commence à parler de “prestation compensatoire”, de “désolidarisation du prêt” ou de “liquidation du régime matrimonial”, l’autre peut se sentir attaqué. Il peut avoir l’impression qu’un plan a été préparé dans son dos. Même si ce n’est pas le cas.

C’est l’un des premiers pièges.

Ne pas négocier quand les deux époux ne comprennent pas encore la même chose

Dans un divorce amiable, il ne suffit pas que les deux époux soient d’accord pour divorcer. Il faut aussi qu’ils comprennent ce sur quoi ils discutent.

C’est une nuance importante.

Si un seul des deux a pris conseil, il est souvent préférable de ne pas entrer trop vite dans la négociation précise. On peut dire que l’on souhaite avancer. On peut dire que l’on veut éviter le conflit. On peut proposer que chacun consulte. Mais commencer directement par les montants, la maison, les enfants ou la prestation compensatoire peut créer de la méfiance.

La bonne méthode, à mon sens, c’est d’abord de remettre les deux époux au même niveau de compréhension.

Chacun doit savoir ce qu’est un divorce amiable. Chacun doit comprendre qu’il aura son propre avocat. Chacun doit pouvoir poser ses questions. Chacun doit mesurer les conséquences concrètes de ce qu’il va accepter.

Sinon, l’accord risque d’être fragile.

Pour ceux qui veulent comprendre les étapes d’un divorce amiable à La Réunion, j’ai détaillé le sujet ici :
Comprendre le divorce à l’amiable à La Réunion

La colère est mauvaise conseillère

Dans un divorce, il y a presque toujours une part de colère.

Colère d’avoir été quitté. Colère d’avoir trop donné. Colère de se retrouver seul avec les enfants. Colère de devoir vendre la maison. Colère de parler d’argent après avoir parlé d’amour pendant des années.

Cette colère est humaine. Elle n’est pas toujours injustifiée.

Quand on négocie sous l’effet de la colère, on cherche souvent à faire payer l’autre. Pas seulement financièrement. Moralement aussi. On veut qu’il reconnaisse ses torts, qu’elle admette ses erreurs, qu’il comprenne enfin, qu’elle regrette.

Le problème, c’est que dans le cadre d’un divorce amiable, L’avocat doit rediger une convention de divorce. Il s’agit d’un contrat qui va gerer les consequences de la séparation et qui n’est pas faite pour raconter toute l’histoire du couple.

SI les epoux n’arrivent pas à s’entendre, la porcedure par consentement mutuel fera palce à un divorce contentieux (devant un juegn ,long , couteux et souvent difficile a gerer emotionnellement)

Les enfants ne doivent pas devenir les messagers du conflit

Quand il y a des enfants, le divorce ne s’arrête jamais vraiment le jour de la signature.

Les parents devront encore se parler. Pour l’école. Pour les vacances. Pour la santé. Pour les anniversaires. Pour les imprévus. Pour tous ces petits sujets qui ne paraissent pas juridiques, mais qui deviennent vite des champs de bataille lorsque la séparation a été mal vécue.

Un divorce amiable ne veut pas dire que tout va bien. Il veut dire que les parents essaient de préserver un minimum de coopération.

Ce n’est pas un détail.

Les enfants n’ont pas à porter les messages des adultes. Ils n’ont pas à choisir un camp. Ils n’ont pas à entendre que l’autre parent “profite”, “abandonne”, “ne paie pas”, “ne comprend rien”.

Bien sûr, la réalité est parfois difficile. Il y a des retards, des pensions impayées, des absences, des blessures. Mais plus les parents réussissent à distinguer leur conflit conjugal de leur rôle parental, plus les enfants respirent.

Ce n’est pas toujours possible parfaitement. Mais cela doit rester l’objectif.

Partir du domicile n’est pas forcément abandonner le foyer

Autre question très fréquente : peut-on quitter le domicile conjugal lorsque la vie commune devient trop difficile ?

La réponse mérite d’être nuancée.

Oui, dans certaines situations, partir peut être nécessaire. Quand la tension est trop forte, quand les disputes deviennent quotidiennes, quand les enfants assistent à des scènes pénibles, quand l’un des époux n’en peut plus, rester sous le même toit n’est pas forcément la meilleure solution.

Mais quitter le domicile ne doit pas vouloir dire abandonner le foyer.

La différence est essentielle.

Partir proprement, c’est organiser les choses. C’est continuer à participer aux charges selon ses moyens. C’est rester présent pour les enfants. C’est prévenir, autant que possible, au lieu de disparaître. C’est éviter de vider les comptes, de couper les paiements, de laisser l’autre seul face au crédit, au loyer, aux factures ou aux enfants.

Abandonner le foyer, c’est autre chose.

C’est partir brutalement, sans organisation, sans contribution, sans explication, parfois sans nouvelles. C’est laisser derrière soi les problèmes matériels et familiaux en espérant que l’autre les absorbera.

Juridiquement, cette différence peut compter et peut avoir des consequences très cocretes en matiere de divorce. Humainement, elle compte encore plus.

Dans un couple qui va mal, il vaut mieux préparer une séparation provisoire claire que provoquer un départ qui sera vécu comme une trahison supplémentaire.

Le divorce amiable n’est pas un divorce au rabais

On entend parfois que le divorce amiable serait un divorce simple.

C’est vrai seulement si l’on comprend ce que “simple” veut dire.

Simple ne veut pas dire improvisé.
Simple ne veut pas dire rapide à n’importe quel prix.
Simple ne veut pas dire que l’on signe pour être tranquille, sans mesurer les conséquences.

Un divorce amiable bien fait demande du travail. Il faut clarifier les points sensibles. Il faut parler d’argent sans se mentir. Il faut organiser les enfants avec sérieux. Il faut traiter la maison, le prêt, les biens, les comptes, les dettes éventuelles.

La procédure peut être plus apaisée qu’un divorce contentieux. Mais elle n’est pas anodine.

Une convention de divorce engage les époux pour longtemps. Ce qui paraît secondaire le jour de la signature peut devenir très lourd quelques mois plus tard.

C’est pour cela qu’il vaut mieux prendre un peu de temps au départ que découvrir trop tard que l’on n’avait pas compris ce que l’on signait.

Pour ceux qui veulent se faire une idée du calendrier, j’ai expliqué ici combien de temps peut prendre un divorce par consentement mutuel :
Comprendre la durée d’un divorce par consentement mutuel à La Réunion

Se séparer proprement, ce n’est pas faire semblant que tout va bien

Divorcer dignement ne veut pas dire sourire alors qu’on souffre.

Cela ne signifie pas effacer le passé, ni renoncer à ses droits, ni accepter des concessions injustifiées dans le seul but d’éviter un conflit.

Cela implique plutôt de ne pas laisser les émotions, en particulier la colère, guider seules les décisions. Cela suppose de prendre le temps de comprendre les enjeux avant d’engager une négociation, de préserver les enfants en les tenant à l’écart des tensions, d’organiser un éventuel départ du domicile sans rompre ses responsabilités, et de hiérarchiser les priorités en choisissant avec discernement les points sur lesquels il est nécessaire d’insister.

Dans un divorce, personne ne sort vraiment vainqueur d’une guerre totale. Même celui qui croit avoir gagné y laisse souvent beaucoup : du temps, de l’argent, de l’énergie, parfois des années de rancune.

La vraie victoire, lorsqu’elle est possible, est plus discrète.

C’est de pouvoir regarder la séparation en face. De régler ce qui doit l’être. De protéger les enfants. De préserver ce qui peut encore l’être. Et de sortir d’une histoire sans chercher à détruire celui ou celle avec qui on l’a vécue.

Me Richard PATOU PARVEDY
Avocat au Barreau de Saint-Denis

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